Claire Fercak et Stéphane Dussel dans d’ici là n°4

mardi 10 juin 2014

Tous les numéros de la revue d’ici là à 1,99€ du 4 au 30 juin

Dans le cadre de la promotion sur les numéros de la revue d’ici là, proposés à 1,99€ sur publie.net, du 4 au 30 juin, nous sommes heureux de vous proposer ces différents numéros de la revue en mettant tour à tour l’accent sur un extrait, un portfolio d’images, tout en vous présentant son auteur.

Le troisième numéro de la revue d’ici là est consacré à la mémoire :

Le palimpseste de la mémoire est indestructible.

« Un homme de génie, mélancolique, misanthrope, et voulant se venger de l’injustice de son siècle, jette un jour au feu toutes ses œuvres encore manuscrites. Et comme on lui reprochait cet effroyable holocauste fait à la haine, qui, d’ailleurs, était le sacrifice de toutes ses propres espérances, il répondit : « Qu’importe ? ce qui était important, c’était que ces choses fussent créées ; elles ont été créées, donc elles sont. » Il prêtait à toute chose créée un caractère indestructible. Combien cette idée s’applique plus évidemment encore à toutes nos pensées, à toutes nos actions, bonnes ou mauvaises ! Et si dans cette croyance il y a quelque chose d’infiniment consolant, dans le cas où notre esprit se tourne vers cette partie de nous-mêmes que nous pouvons considérer avec complaisance, n’y a-t-il pas aussi quelque chose d’infiniment terrible, dans le cas futur, inévitable, où notre esprit se tournera vers cette partie de nous-mêmes que nous ne pouvons affronter qu’avec horreur ? Dans le spirituel non plus que dans le matériel, rien ne se perd. De même que toute action, lancée dans le tourbillon de l’action universelle, est en soi irrévocable et irréparable, abstraction faite de ses résultats possibles, de même toute pensée est ineffaçable. Le palimpseste de la mémoire est indestructible. »

Charles Baudelaire, Visions d’Oxford, in Les Paradis artificiels.

Aujourd’hui, perdons et retrouvons la mémoire avec un texte de Claire Fercak Aides-mémoires et les peintures de Stéphane Dussel dans ce quatrième numéro de la revue :

Elle sifflote une triste mélodie. Ses souvenirs s’y querellent en silence. Je souffre empreintes de doigts d’une obstination de la mémoire finement dessinées. Se cachent sous la fatigue anesthésiée, des dépouilles en colère, des forces teigneuses qui font manquer le sommeil. Je ne bouge pas, reste cloîtrée, tapie au fond de ma tête. Rongé, l’os sphénoïde l’a remplie de cendres. Cut. La violence est inscrite dans la mémoire de l’espace. Du corps. Elle est une histoire, désagréable et sèche dont je porte la coulpe. Altérée mais bavarde de sentiments immondes. Cut. Je suis l’intériorisation de notre rencontre même si elle est ratée, même si catastrophique, résultat d’une situation de contact radioactive. Résultat d’une collision, comme tout espace psychique. Je suis une mémoire, recousue, éreintée. Déchets de mon métabolisme, tes gènes froissés gangrènent ma croissance. Ils la ligotent, parfois je ne peux plus respirer, ses tissus se resserrent, je vis courbaturée. C’est ma conscience du monde, elle est bien négative, fait de mon corps une marionnette. Si elle avance, c’est par détours par revers empêchée par les craintes et désorganisations physiques. Cut. Elle fait des pas dans mon cortex. La poursuit encore. Elle piétine le sol, je l’entends. Les souvenirs sont usants, je dois m’en déloger, restent sur l’estomac, compressent mon rythme artériel. Même menteurs, purifiés ou occultés involontairement, ils trouvent moyen de se caler sur les lambeaux à vif. Cut. Mais elle ne compte pas rester pleutre plus longtemps. Je veux seulement trouver une écriture pour que de mes alertes tout ne se perde pas. Un corps de langue, une masse textuelle. Une surface informe qui soigne ses lésions. Une plainte muette reste mal entendue. Cut. Elle doit chercher en elle non pas un moyen de s’en sortir mais de résister. On ne s’en sort pas vraiment, à moins d’être sans souvenir, le corps est ma mémoire. Et, plus difficile, sans aucune impression. À moins d’être amnésique au sens total du terme, dépersonnalisé, coupé de ses ancêtres ; on n’en sort pas indemne, on résiste comme on peut. Coupez.

Sommaire du numéro :

Vincent Alric, Michel Brosseau, Daniel Bourrion, Daniel Cabanis, Sabrina Caggianese, Anne Collongues, Stéphane Dussel, Claude Favre, Guillaume Fayard, Claire Fercak, Jean-Yves Fick, Xavier Galaup, Stéphane Gantelet, Hortense Gauthier, Nathanaël Gobenceaux, Louise Imagine, Christine Jeanney, Isabelle Lartault, Pierre Le Pillouër, Jérémy Liron, François Matton, Pierre Ménard, Juliette Mezenc, Florence Noël, Grégory Noirot, Marc Pautrel, Virginie Poitrasson, Franck Queyraud, Annie Rioux, Joachim Séné, Nicolas Tardy, Emmanuel Tugny, Nicolas Vasse.

33 auteurs / 115 pages

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Photographie de Thierry Rateau

Claire Fercak, née en 1982, est une écrivaine française.

Claire Fercak a suivi des études de philosophie,
En 2007 elle a publié Rideau de verre aux Éditions Verticales. En 2008, une fiction sur le groupe de rock Smashing Pumpkins Tarantula Box Set aux Éditions Le mot et le reste. Chants magnétiques, son livre co-écrit avec Billy Corgan, a été publié dans la collection Laureli aux éditions Léo Scheer le 15 septembre 2010.
En janvier 2011, elle publie son premier roman pour enfants, Louga et la maison imaginaire, aux éditions L’Ecole des loisirs (Collection neuf, livre pour enfants illustré par Adrien Albert).
La suite de ce roman pour enfants, Les aventures de Louga De L’Autre Côté Du Monde, paraîtra en octobre 2012 à L’Ecole des loisirs (Collection neuf, illustrations Adrien Albert).

Stéphane Dussel est peintre. Il vit à Lyon. On peut découvrir [son travail plastique] sur son blog. Il écrit également sur un autre blog : Automaton


Voir en ligne : La revue d’ici là n°4

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